Stéphane Bourriaux

Pensées photographiques

Eve – premiere partie

Janvier 2005 – Champs Elysées – Paris

Encore une photographie qui date de cette époque qui semble si lointaine, mais ne l’est pas tant que ça. C’était un vendredi matin de janvier 2005. J’étais revenu la veille d’un séjour à Bruxelles. La première fois en 3ans que je m’offrais plus que cinq jours de vacances d’affilée. Il pleuvait depuis la veille, comme souvent en région parisienne en janvier. C’était cette petite pluie que je qualifierais de « parisienne ». Ni trop violente et sans être du crachin, peu ou pas de vent qui pourrait la rendre désagréable. Le genre de pluie que je regardais tomber au sol pendant des heures par la fenêtre de ma chambre étant enfant puis adolescent.

J’étais levé tôt et je pensais à cette image qui me trottait dans la tête depuis des semaines. Cette image d’une jeune femme sous la pluie , le maquillage dégoulinant, et hurlant la colère d’un chagrin d’amour à un ciel qui ne l’entendait pas (OK, ça ne s’est pas vraiment terminé ainsi). C’était peut-être le jour pour la faire cette photo. 

Il me fallait une modèle. Et c’est là ou je vois que nous avons changé d’époque entretemps. Pas de Facebook, d’Instagram ou autre. Un simple forum de photographie et de critiques d’images ou j’étais très actif. Ce même site internet ou j’ai rencontré plusieurs amis sincères dont deux qui font encore partie de mon entourage proche aujoud’hui. Je poste une annonce, pour l’après-midi même en expliquant simplement « photos sous la pluie ». Il doit être entre 9h00 et 9h30 quand j’appuie sur entrée. 

Vingt minutes après, mon téléphone sonne (mince alors, je ne me souvenais pas avoir laissé cette information sur l’annonce). C’était Eve, une charmante étudiante en théâtre avec qui j’avais fait des photos quelques semaines plus tôt. Elle allait d’ailleurs devenir une bonne amie par la suite.

« J’ai vu ton annonce sur Sans Prétention. Est-ce que tu as trouvé quelqu’un? »

« Oui, je suis en train de lui parler. 13h30 Charles de Gaulle – Etoile sortie « Champs-Elysées »? »

« Super, je dois apporter quelque chose en particulier? »

« Toi, un manteau noir long ou trois quart si tu as ça et du fard noir. »

« Je n’ai pas le fard noir. »

« Pas grave, on achetera ça sur place. »

C’était une autre époque, pas de smartphones et pas de réseaux sociaux. Je sais, je me répète, mais c’est parfois un peu dur de se rendre compte que nous nous sommes entourés et équipés avec autant de technologies qui devaient nous faciliter la vie et nous faire gagner du temps et que nous obtenons l’effet inverse. Pourquoi dis-je ça? Aujourd’hui, essayer ,et surtout réussir, à organiser une séance le jour même est devenu quasi impossible. Des modèles souvent hyper sollicités ou qui jouent les vedettes, le tout , parfois, dans un mélange d’arrogance et de jemenfoutisme déprimant. De nombreux maquilleurs et coiffeurs (d’ailleurs, optimisation de postes oblige, la même personne doit faire les deux maintenant) qui ne sont pas là pour collaborer à un projet mais qui veulent parfois le diriger ou tout bonnement être payés. Ce qui est normal, dans un sens, mais la passion me semble moins présente chez ceux avec qui je discute parfois aujourd’hui qu’avec ceux avec qui je travaillais à l’époque. J’ai néanmoins de la chance d’avoir encore quelques contacts d’il y a 15ans pour me filer un coup de main les rares fois ou j’en ai besoin. Je peux retrouver l’engouement, la spontanéité et, surtout, le manque complet de sérieux qui parfumaient l’atmosphère des séances photo (on dit « photo shoot » maintenant, pardon) que j’organisais.

Bref, le temps de digresser sur les considérations d’un monde qui n’évolue pas sans le sens que je voudrais et il est temps préparer mon sac et de prendre le RER A direction CDG – Etoile. Je sors, Eve est là. Cette charmante petite blonde au visage si attendrissant et mignon, et pourtant si expressif. Son sourire espiègle au visage, je m’attends à qu’elle me balance une vanne d’autodérision sur les blondes, ce qu’elle ne fera pas. Allons-y donc.

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