Stéphane Bourriaux

Pensées photographiques

Laura

Décembre 2004 – Pont des Arts – Paris

Chaque oeuvre a son histoire, cette photographie ne fait pas exception. C’était il n’y a pas si longtemps, et pourtant, j’ai l’impression que c’était une autre époque. Cette époque où le numérique prenait progressivement le pas sur l’argentique. Le début d’une (r)évolution de société qui aujourd’hui est tellement intégrée que beaucoup ne peuvent imaginer que les choses aient pu être autrement.

C’était un samedi de décembre, en 2004. Je revenais à mon premier amour qu’était le noir et blanc argentique après plusieurs mois de technologie moderne qui présentait des qualités prometteuses, mais pas encore assez abouties pour moi. Quelques jours plus tôt, en errant sur le boulevard Beaumarchais, mon regard avait accroché sur un vieux Mamiya. Oui, ce vieux Mam’ qui m’accompagne encore presque quinze ans après. Oui, ce vieux Mam’ plus âgé que moi; merveille technologique de son époque reléguée au statut d’antiquité. Antiquité, certes, mais qui n’a pas encore rendu son dernier souffle.

« Une photographie, qu’elle soit simple ou compliquée, est réussie à partir du moment ou elle provoque une émotion chez celui qui la regarde. »

Peter lindbergh

Or, ce vieux machin, il fallait bien qu’il fasse ses premières armes entre mes mains. Ça allait donc être ce samedi après-midi là. Un coup de fil à une charmante étudiante en théâtre et comédie qui m’avait été présentée à son école la semaine précédente et me voilà avec un sujet humain à composer. Elle aimait ce que je faisais, on s’entendait bien, ça ne pouvait donner que de bons résultats. Vous savez, moi, la technique et le reste, j’avais donné à mes débuts. Le secret d’une belle image se déroule plus entre le regard et le coeur, comme le disait si bien un certain Cartier-Bresson. En tout cas, c’est comme ça que je l’interprétais et que je l’interprète encore aujourd’hui. 

Je digresse, histoire de changer. Me voilà donc parti pour Paris en transports en commun. Rendez-vous à dix-sept heures au Métro Louvre-Rivoli. Nous nous y retrouvons et nous voilà trois minutes de marche plus tard sur le Pont des Arts sous la légendaire grisaille parisienne. Elle fait râler bien du monde, cette fichue grisaille. Et pourtant, elle est unique et contribue à cette identité de la photo humaniste des années cinquante. 

Trente minutes et trente prises de vue plus tard, l’affaire est dans la boite. La complicité était au rendez-vous, alors le résultat ne pouvait que suivre. Pourtant, cette photo allait faire parler. Trop penchée, pas au tiers, trop de lampadaire bla bla bla … Mais le plus important était là pour bien d’autres. Après tout « Une photographie, qu’elle soit simple ou compliquée, est réussie à partir du moment ou elle provoque une émotion chez celui qui la regarde. » (Peter Lindbergh)

Previous Post

Leave a Reply

© 2019 Stéphane Bourriaux

Theme by Anders Norén